La sortie du film de fiction « L’Abandon », relatant de manière très documentaire les derniers jours de Samuel Paty, est l’occasion de revenir sur le drame en travaillant en classe ses multiples dimensions, notamment dans le cadre de l’Enseignement moral et civique (EMC).
Le film de Vincent Garencq, L’abandon, sorti le 13 mai après une présentation hors compétition au festival de Cannes, retrace les derniers jours de Samuel Paty. Sans polémiquer, il s’attache à montrer l’engrenage inimaginable des faits qui ont conduits à l’assassinat le 16 octobre 2020 d’un prof d’histoire-géographie sans histoire et aimé de ses élèves, qui ne faisait que suivre le programme… C’est en effet à partir d’une séquence d’EMC sur la notion de dilemme moral, s’appuyant sur des caricatures de Mahomet téléchargées sur Canopé que s’est noué le drame. Comment, à partir d’un malentendu, d’un mensonge, d’une campagne haineuse sur les réseaux sociaux, tous les services concernés (académiques, policiers, d’antiterroristes, municipaux…), chacun à son niveau et malgré les protocoles, ont finalement abandonné Samuel Paty à une haine et une violence qu’il aurait fallu pouvoir mieux déceler.
Le film s’est nourri du procès des responsables, directs ou indirects, pour rendre compte au plus près de la réalité de cette terrible chronologie. Mais après plusieurs documentaires sur le sujet, l’œuvre se revendique comme une fiction. Porté par des comédiens exceptionnels,L’Abandon ajoute donc un supplément d’émotion à la description de l’impuissance collective que suscite cette tragédie, et surtout des questions qu’elle pose.
L’occasion pour les enseignants d’y répondre en travaillant sur les multiples dimensions pédagogiques du film : propagation des rumeurs et responsabilité de chacun, liberté d’expression, laïcité, vivre-ensemble, tolérance, valeurs de la République… et au passage, un rappel à la loi en examinant les peines prononcées lors du procès. Quelle que soit l’approche retenue, elle permettra de faire réfléchir les jeunes sur les mécanismes, malheureusement humains, qui ont mené à cet abject assassinat.
