Toujours plus de HPI

Les surdoués ont-ils envahi les cours de récré ? Popularisés par une série à succès et l’expression « drôles de zèbres », les enfants intellectuellement précoces sont aujourd’hui mieux identifiés par les professionnels. En réponse, les établissements scolaires s’organisent pour lutter contre le risque d’isolement et étancher leur soif de connaissances. Interview de Nicolas Gauvrit, Mathématicien et chercheur en psychologie cognitive à l’Université de Lille.

Quelles sont les particularités des HPI ?
Nicolas Gauvrit : Les personnes HPI ont un quotient intellectuel supérieur à 130. Elles n’ont pas un mode de fonctionnement mental différent des autres, mais des capacités décuplées : leur vitesse neuronale est un peu plus rapide, avec de meilleurs liens entre les différentes zones du cerveau. Selon l’image utilisée par Jacques Grégoire, psychologue et chercheur belge, les HPI sont comme les sportifs de haut niveau : ils ont des muscles comme tout le monde, mais des prédispositions leur permettant d’être plus rapides. Les élèves HPI comprennent, raisonnement, mémorisent et saisissent les concepts mieux et plus vite que les autres, avec des variations selon les individus. L’évaluation du quotient est très orientée sur les apprentissages : le QI ne mesure ni la créativité ni l’intelligence émotionnelle. À ce titre, il est faux d’associer HPI et hypersensibilité, qui concerne 25 % de la population globale mais n’est pas une caractéristique propre du HPI. La recherche scientifique montre que les HPI sont plutôt plus heureux que la moyenne.

Un diagnostic est-il toujours utile ?
N. G : Non, tant que tout va bien à l’école. En revanche, si l’élève souffre d’être insuffisamment nourri intellectuellement, alors un diagnostic peut favoriser un saut de classe ou des aménagements pédagogiques. Dans certains cas, rares, le fait d’être haut potentiel peut aider à compenser et donc masquer des troubles, comme une dyslexie. Un diagnostic permet alors de les identifier aussi pour les prendre en charge.

Que peut leur proposer le corps enseignant ?
N. G : Certains HPI aiment l’École comme elle est. Pour remédier à l’ennui des autres, les enseignants peuvent faire de la différenciation pédagogique avec des exercices plus complexes. Le choix de classes dédiées aux HPI n’a pas que de bons effets : en les confrontant à d’autres HPI, elles peuvent faire baisser l’estime de soi chez ces habitués des têtes de classement. Par ailleurs, elles diminuent le niveau moyen des autres classes. De ce fait, la littérature scientifique ne le recommande pas. Mais cela peut se justifier pour les élèves HPI en difficulté.

📖 À retrouver p.48-49 et 50 d’ecmag #430 (décembre 2025 – janvier 2026)


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